Trois mois de stage d'éducateur spécialisé à l'Hopital psychiatrique de Bobo Dioulasso au Burkina Faso
mercredi 22 janvier 2014
Représentation de Djigui tougou. Samedi 18 janvier
Samedi soir nous sommes invités
par Moussa pour assisté à une animation. Elle se passe dans la cour du parrain
de l’association. Chaque année la troupe
lui fait l’honneur d’organiser une représentation de sensibilisation. Les
scénette s’enchainent, sur la nécessité de mettre des préservatifs. Une petite
démonstration a lieu en toutes décomplexions. C’est aussi l’occasion pour nous
de revoir Ibrahim qui nous avait fait découvrir la ville il y a 4 ans. Déjà on
prévoit de se revoir à la maison.
La peur doit changer de camps
Aujourd’hui samedi 18 janvier,
l’opposition appel à une marche contre la modification de l’article 37 de la
constitution. Blaise Compaoré qui arrive au bout de ses deux mandats souhaite
se représenter. Pour cela il doit modifier la constitution qui limite à deux
mandats de 5 ans. Il a quand même 27 ans de pouvoir derrière lui !!! La
population est globalement opposée à cette modification anti-démocratique. Cela
laisse présager une année difficile jusqu’aux élections de 2015. Beaucoup ont
peur d’un conflit fratricide d’ici là car la population n’en peut plus.
Il parait que l’ambassade
française a donné comme consigne de rester à la maison et de faire ses
provisions la veille. Une amie Burkinabé ne sortira pas, car elle a peur de se
retrouver dans un conflit entre deux parties. Les dernières marches ont vu des
feux rouges cassés et quelques incivilités.
Pourtant il me semble impossible
de rester chez moi. Comment être dans un pays tout en constatant le manque de
liberté, d’égalité et de justice et ne pas aller là où le peuple se rassemble
pour protester ? Je prends donc ma mobylette en direction de la place de
la gare, lieu du rassemblement. Je suis en retard car ce matin j’ai profité de
la fraicheur pour dormir et il se trouve que les burkinabé sont ponctuels pour
les manifs ! Pas tous. La foule arrive à pieds de partout. J’essaye de garer
la moto avant de me décider de me rapprocher de la gare en la poussant. Je la
laisserais dans un angle de rue. Quand j’arrive, la place est vide. Seule la
sono du podium tourne. Les gens restent placé de l’autre côté de la rue. Je
fais comme eux. Tout d’un coup un cortège de motos arrive tonitruant. Des gens
tenant des petites branches feuillus court. C’est le début du cortège qui
arrive. Puis c’est un véritable défilé qui déferle sur la place ; Les gens
marchent vite, courent ; Ils sourient, sont joyeux de protester. Certains
brandissent des balaies. Il y a quelques banderoles. La foule crie, « ça
suffit », « non la modification », « du balaie »…Je
regrette de ne pas avoir pris l’appareil photo ; Je pensais que ce n’était
pas indiqué. Mais tout le monde prend tout le monde en photo avec les
téléphones ; Il y a même un type qui film avec une tablette. Je pense que
je vais me retrouver sur de nombreux Facebook. Il faut dire qu’il n’y a pas
beaucoup de blancs. En fait je suis le seul. Petit à petit la place de la gare
se remplie. La foule se regroupe sur la moitié de la place. Je rejoins les
manifestants pour écouter le discours. Il annonce la suite du programme :
Des artistes engagés, puis des projections le soir. J’aperçois deux blancs
parmi les officielles. Surement des journalistes. Le micro hurle « la
patrie ou la mort, nous vaincrons »
Des manifestants arrivent de la
route. Ils appellent à les rejoindre. Petit à petit de nombreuses personnes,
surtout des jeunes les suivent en petites foulés. Je décide de les suivre pour
voir où ils vont. Un peu plus loin un cordon du service d’ordre les bloque en
leur demandant de revenir sur la place. La plupart des manifestants ont eu le
temps de passer ; je décide de continuer. Les manifestants se sont arrêtés
au commissariat municipal du marché central. J’en déduis qu’une personne c’est
fait arrêter pendant la manif. C’est un classique en France. Sur le chemin des
enfants m’interpellent « Les blanc doivent partir ». Je leur demande
pourquoi mais ils ne me répondent pas. Devant le comico un rasta que j’avais vu
dans la manif m’aborde. Il me demande ce que je pense de la journée. Je lui dis
que c’est un jour de fête ; Il est surpris. Peut-être pensait-il que
j’avais peur ? Peut-être qu’il pensait que je ne savais pas ce qui se passe ?
D’ailleurs il commence à m’expliquer. Je lui dis que pour moi quand les gens se
rassemblent pour demander justice, c’est un jour de fête. Nous discutons
politique ; Une petite foule d’enfants manifestants se rassemble autour de
nous pour voir ce que le blanc a à dire. Ils sont surpris que je puisse
critiquer la politique française. Je leur explique que si tous les Burkinabé ne
soutiennent pas Blaise, tous les français ne soutiennent pas François, Nicolas
et compagnie. J’essaye de cité Sankara pour être bien clair. Les gens adorent
la discussion ici. Plus particulièrement avec un français. Je pense qu’ils n’en
n’ont pas l’habitude. D’ailleurs je discute très peu de politique avec les
burkinabé. Cela me fait du bien aussi. Le rasta me raccompagne vers la gare.
Nous échangeons longuement. On s’arrête pour discuter avec un marchand de moto
qui se plein des taxes douanière. Il importe des motos de Chine et selon lui la
France impose des taxes. Je lui dis que le problème c’est d’être dépendant, que
ce soit de la France ou de la Chine. Qu’il faut produire et consommer Burkinabé
(encore Sankara). Il n’a pas l’air convaincu, heureux d’acheter des motos chinoises
pas chères. De retour dans la foule recouvre la place ainsi que la rue
avoisinante, à nouveau des gens m’interpellent. Ils sont surpris et curieux de
me voir. Ils ont aussi envie de discuter. De dire tout le mal qu’ils pensent de
la France qui les exploite et les vole. Un jeune m’explique que la France est
pauvre. Elle n’a rien. Elle n’a pas d’or, elle n’a pas de minerais. C’est
l’Afrique qui les a. La France les vole à l’Afrique. Il a bien raison !!!
Il faut que je fasse attention à ce que je dis ; Si je dis que je suis
d’accord, il faut que je précise que c’est avec lui pas sur le fait que la
France à raison de voler l’Afrique !!! Attention au quiproquo. Une fois
mis d’accord, les gens me demandent de dire en France tout ce qu’ils m’ont dit.
Et c’est vrai qu’on ne peut pas compter sur les médias… Les gens s’amusent
autour de moi. Ils balayent, symbole de la volonté que Blaise Compaoré et son
clan parte. Il y a même une association qui s’appelle-le balaie des citoyens. Certain
voient d’un très bon œil la pluie exceptionnelle (Il pleut ce matin même à
Ouaga où une immense foule s’est rassemblé pour protester). Je leur dit que
c’est normal il faut arroser avant de balayer. Je leur promets que je
balayerais aussi en France à mon retour… Quand je dis que l’alternance c’est
bien, mais qu’après il faut savoir qui mettre à la place je n’obtiens pas trop
de réponse. Les gens veulent seulement que Compaoré parte. Des tee-shirts avec
inscrit dessus « Notre nombre est notre force» symbolisent assez bien
cette journée. Le peuple prend conscience de sa force. Il devra apprendre à
l’utiliser.
Une nuit d’Orage. De vendredi à samedi
Plus rien ne m’étonne. Certes il
faisait chaud ces deux derniers jours. Même les Bobolais le disaient. Mais
quand même… Cette fois-ci ce n’est pas quelques gouttes. C’est une forte pluie
toute la nuit. Avec de l’orage !!!. Le matin la terrasse est recouverte de
poussière avec le vent. A la sortie de la maison la route est recouverte d’une
immense flaque d’eau. Mais au moins il fait frais et il n’y a plus de poussière
dans l’air.
Concert de Bil AKa Kora Vendredi 17 janvier
Ca se passe toujours au CCF. Il
est très connu et très apprécié ici. Nous y allons avec Aminata, Paul et son
ami/voisin. Avant avec Hélie nous cherchons un
restaurant. Nous irons jusqu’au centre pour se dépêcher de manger un riz
sauce légume avant d’être trop en retard. C’est vrai que c’est pas mal, avec de
belles musiques et des paroles engagées
(un reprise d’un discours de Sankara). Par contre c’est un peu court, il se
contente de chanter les chansons de son derniers albums sans reprendre ses
tubes ; nos amis son déçu et nous, frustrés. J’achète quand même l’album et Hélie le fait
dédicacer lorsque nous nous installons sous la paillote pour terminer la soirée
devant un verre (Beaufort, Fanta, et so.B.bra, bière burkinabé).
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