Ce matin Hélie a rejoint Aminata
pour apprendre à préparer le riz sauce arachide. Moi j’attendrais qu’Hélie
m’apprenne. J’en profite d’être seul à
la maison pour écrire mon blog (après avoir fait la lessive et tenté de
nettoyer la terrasse).
Hier soir nous sommes allé manger
chez Aïdara un traiteur merveilleux qui cuisine local, français, asiatique,
italien… Notre prétexte est de ne pas avoir de gaz, mais au fond la cuisine
française nous manque déjà. Au menu ce sera
pommes de terre et navets sauté avec des
haricots et un steak haché panné pour Hélie le tout cuit dans un fond de sauce. Servi avec du pain ! Délicieux, à boire avec un Fanta bien sûr. En
dessert se sera une mousse au chocolat durcie au frigidaire. La meilleur que
j’ai jamais mangé. Sans doute le contexte. Déjà la nostalgie. C’est fou comme
la nourriture peut nous raccrocher à nos racines. Pourtant j’aime la cuisine
Burkinabé. Mais il semblerait que la
nourriture soit un élément culturel important, une attache. D’ailleurs
n’avons-nous tous pas tendance à préférer la nourriture qui nous rappelle la
cuisine de maman ou de grand-mère ?
Cette nuit, chose extraordinaire,
improbable, impensable pour moi, il a
plu. J’étais persuadé qu’il ne pleuvait jamais au mois de décembre. Il faudra que je me renseigne pour savoir si
c’est exceptionnel ! Je me suis
levé pour regarder la pluie tomber. Ce n’était que quelques gouttes mais cela m’a rendu méditatif. J’avais l’impression de ne plus être dans le
même pays. Pour moi la pluie n’existe pas au Burkina (je ne suis jamais venu la
saison des pluies). C’est un peu comme s’il neigeait au mois d’août (le moi
doute dirait Lacan). Je me suis senti trahie.
Ce n’était pas conforme à ce qu’on m’avait promis. Puis je me suis
laissé entrainer par mes pensées. J’ai réalisé comme je pouvais être sensible à
la météo. Jusque-là j’étais assez indifférent. J’aime les éléments naturels, la diversité des saisons mais mon humeur, mon
état d’esprit, n’était pas impacté ou
faiblement par rapport aux autres, par
la pluie, le vent, la température, la neige. C’est la première fois que je suis touché
aussi profondément par la météo. Juste
quelques gouttes dans le Sahel. Je
prends conscience de l’importance de la
météo pour les humains et dans les cultures. Peut-être que les stéréotypes sur
les méditerranéens ou les nordiques ne sont pas que des stéréotypes. Une culture peut très bien se façonner en
fonction du climat. Et même une culture coupée de l’agriculture comme la mienne
peut encore être profondément marquée par le climat, au point de structurer le psychisme de ses membres. En
terme interculturelle, cela donne une nécessité de tenir compte de la
différence de climat. On peut s’adapter
à cette différence, surtout si on si attend.
Mais lorsque paradoxalement la
météo ne correspond pas à ce qui est attendu cela créé, en tout cas chez moi, un bouleversement
dans mon rapport à mon environnement et surement dans mon rapport à l’autre. Je
serais différent avec les Burkinabé et je les verrais sous un autre œil. Finalement mon premier choc culturel3 n’est
pas venu de la langue, de la nourriture, des traditions animistes, religieuses
ou autres ni des échanges affectifs. Il sera venu d’un bouleversement
climatique.
Salut Fred ! très bonne idée que ce blog ! tes nouvelles et les photos me donnent un bon bol d'air. Surtout ne te laisse pas avoir par cette "nostalgie" du pays "idéalisé" par la distance: ici, il pleut, le ciel est gris et la pollution urbaine donne au paysage un air triste... la pluie qui tombe sur le béton n'évoque pas les mêmes choses que la pluie sur la nature (fût-elle aride)... N'oublie pas que le temps passe vite -et profitez bien de votre séjour !
RépondreSupprimerDes bises, Stéphane (M).